25 septembre 2009

En retenue

Les Fiery Furnaces débordent tellement d'idées qu'ils peinent à trouver leur place dans le paysage musical des années 2000. Six albums studio en autant d'années, plus une compilation de singles, plus un double CD/triple live revisitant radicalement les chapitres précédents, sans oublier un double CD solo de Matt Friedberger, semblent avoir épuisé beaucoup de bonnes volontés. D'autant que, sur la plupart de leurs morceaux, les FF mettent davantage d'idées mélodiques et de trouvailles d'arrangements que nombre de leurs pairs sur toute leur discographie - et à peine moins de mots. Avec un luxe dans les détails - personnages, lieux - proprement vertigineux. Mais également ludique.

Sur scène, le groupe a toujours réarrangé ses morceaux jusque dans leur ADN, au point de les rendre parfois quasi méconnaissables. Une expérience virtuose et impressionnante, mais plus sans doute sur un plan cérébral que physique et émotionnel. Et parfois à la limite de la saturation sensorielle.

Mais il faut croire que Remember, le live/somme de l'an passé, a marqué la fin d'un cycle. I'm Going Away, le nouvel album, est le plus accessible du groupe depuis Gallowsbird’s Bark, leur tout premier, et l'EP compilatoire. Et, ce n'est sans doute pas une coïncidence, les paroles de chacun de ces disques sont écrites par Eleanor.

Connaissant l'art du contre-pied typique de la formation, on aurait pu s'attendre à ce que, sur la scène de la Maroquinerie, elle brouille les lignes de force pop d'I'm Going Away. Mais non, pour la première fois sans doute de leur carrière, les Fiery Furnaces ne jouent plus avec leurs chansons, comme le chat avec la souris. Ils les interprètent juste (dans tous les sens du terme) avec fougue, intensité et âme. Sans se départir de leur capacité à partir sur des tangentes et à en revenir (la rythmique Jason Loewenstein/Bob D'Amico est toujours irréprochable), mais avec une retenue et une sobriété qu'on ne leur connaissait pas. À l'image de Matt, dont le jeu de guitare semble transfiguré. Alors que, lors de la tournée Bitter Tea, il pouvait faire penser au rejeton épileptique de Robert Fripp et Frank Zappa, balançant un déluge de notes ininterrompu, ses interventions se font ici tranchantes et mesurées. Mais c'est encore Eleanor qui profite le plus de cette nouvelle approche. Si auparavant, elle semblait souvent devoir s'accrocher pour ne pas être éjectée d'un kayak dévalant des rapides ou d'un bronco au cours d'un rodéo (déjà un exploit), cette fois c'est elle qui mène la barque, habitée et dans une forme vocale éblouissante, y compris sur un "Chris Michaels" qui n'a jamais aussi bien sonné.

C'est comme si, pour une fois, le groupe s'était donné l'autorisation de s'amuser simplement (par rapport à ses propres critères), de faire confiance à ses chansons, de jouer le jeu du spectacle et du plaisir. Dissocier, pour une fois, pop songs et concepts se révèle un pari totalement payant. Alors même qu'ils redoublent d'idées, entre Pop Art et Fluxus, pour associer toujours plus leur public à leur démarche, la créativité devant se trouver des deux côtés de la relation. Ainsi, juste après le concert, ils ont donné une "Masterclass" où ils répondaient aux questions, et en ont profité pour se fendre de versions acoustiques de "Tropical Ice-Land" et "Single Again". Alors qu'avant la sortie d'I'm Going Away, ils avaient invité leurs fans à en faire une description imaginaire. Ils devraient aussi sortir un "album" sans aucun son, mais juste des partitions, des tablatures ou des descriptions - prétexte à concerts pour qui voudra s'en servir. Matt pense également composer un disque influencé par des bouts de papiers donnés par les amateurs du groupe - notes de supermarché comme petites histoires... Oh, et j'allais oublier, deux volumes de reprises d'I'm Going Away par les Friedberger sont aussi dans les tuyaux – chacun étant composé de six des morceaux avec de nouvelles musiques d'Eleanor, et des six autres en version Matt. Qui dit mieux ?

2 commentaires:

Adrien a dit…

D'accord sur tout :!

Adrien - Achablive

Thierry Chatain a dit…

Merci de m'avoir laissé blogger ta photo, très réussie - j'aime beaucoup l'expression d'Eleanor - alors que les lumières n'étaient pas faciles.