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4 novembre 2008

Singer Songwriter


J'ai déjà salué les impressionnantes qualités de songwriter de Will Sheff, le leader et seul membre constant d'Okkervil River, à la sortie de The Stage Names, l'an passé. Et négligé de souligner, il y a quelques semaines, à quel point The Stand Ins, son successeur, prolongeait, approfondissait et répondait à cette réussite. En se mettant de nouveau dans la peau de personnages fictionnels ou réels (Jobriath, wannabe glam et mort du sida dans l'anonymat, la porn star suicidée Savannah, qui hantait déjà The Stage Names), Sheff multiplie les points de vue sur la célébrité, le show-biz et ceux qui s'y frottent, tissant une tapisserie cruelle, mordante et tendre. Le moins passionnant n'étant pas la façon dont il utilise la musique pour mettre en scène ces nouvelles pour les oreilles. "Pop Lie" est ainsi à la fois une merveilleuse chanson pop, une satire de celui qui la chante (lui-même ?), et une critique du phénomène pop.

Mais en revoyant Okkervil River hier, à l'Alhambra, ce qui m'a frappé avant tout, c'est l'impact émotionnel de Will, interprète passionné, presque possédé, et des cinq autres musiciens (dont une nouvelle guitariste multi-instrumentiste impressionnante, Lauren Gurgiolo), capables de toucher au grandiose sans jamais sombrer dans le pompeux. Si l'on veut jouer au jeu des analogies, ce serait un peu l'E Street Band qui aurait pris des leçons de sobriété chez The Band, et offrirait le lyrisme d'Arcade Fire en le dépouillant de son cirque. Schizophrène, le Sheff ? Non, juste passé maître dans la dialectique entre les contraires, un propos souvent sombre servi de façon lumineuse. Un peu statique et appliqué sur scène jusqu'ici, Okkervil a encore passé un cap. Je suis prêt à les suivre jusqu'au grand large.

Photo : ©senvalde sur Flicker



Découvrez Okkervil River!

27 août 2008

Lâche le pinceau...



... voilà Jack Ladder. Inconnu au bataillon en ce qui me concerne, et repéré grâce à Okkervil River. Pour accompagner la sortie de The Stand Ins (les remplaçants), Will Sheff a eu la bonne idée de demander à quelques-uns de ses musiciens favoris, rencontrés au cours des tournées, d'interpréter les chansons de l'album, à raison d'une nouveauté par jour sur son canal YouTube. Des musiciens qui ont pour nom Bon Iver, David Vandevelde, ou ce fameux Jack Ladder. Dont ce clip aussi simple que grâcieux, et la voix façon Antony (from the Johnsons) qui attraperait Bryan Ferry par derrière, me donnent envie d'entendre plus. Pas vous ?

12 février 2008

A la bourre



C’est nul de mettre quatre jours avant de parler d’un concert. Surtout quand il s’agit de quidam(e)s connus collectivement sous le nom de Coming Soon. Mais comme dit le vieil adage, mieux vaut tard que jamais.

Et puis, qu’est-ce que quatre jours quand on a tout l’avenir devant soi ? Bien sûr. Parce que, ça a été suffisamment souligné partout, Coming Soon est un groupe très jeune d’âge (14 à 26 ans). Encore qu’expérimenté. Si, si. Car ces cinq-là (devenus 7 en cours de route, avec l’adjonction de Caroline Van Pelt et Mary Salomé, multi-instrumentistes et choristes) existent depuis au moins deux ans, et avaient déjà avant (et ont toujours) une foule de projets parallèles, solos ou en sous-ensembles.

Le plus frappant, en les découvrant vendredi dernier à la Maroquinerie, c’est justement leur maturité. Ouvrir le show sur une reprise (réussie) du “Small Town” de Messieurs Reed et Cale, ce n’est pas seulement une façon crâne de citer (et d’assumer) ses influences, c’est aussi et surtout s’approprier le contenu de la chanson (Pittsburgh/Annecy, même combat, l’issue est l’ailleurs).

Les influences, donc, sont aussi multiples que variées, de l’antifolk (refus de l’afféterie) à Leonard Cohen, des Kinks à Beat Happening et une foultitude d’autres. Mais ce qui compte, surtout, c’est l’aplomb avec lequel la bande a digéré tout cela, se forgeant une identité immédiatement reconnaissable où chacun a sa place – histoires de famille, d’amour et d’amitié mêlées. Dominés physiquement par le double mètre d’Howard Hughes, l’homme en noir au chapeau de cow-boy, gestuelle saccadée et voix profonde, les Coming Soon (un peu à l’instar de Blanche) ont l’air de sortir de photos sépia du Vieil Ouest (à moins que ce ne soit du Sud gothique), et se livrent à d’aussi incessantes que réjouissantes parties de ping-pong vocal, en alternance ou en harmonies immémoriales, qui n’exclut pas l’échangisme instrumental.

On sent encore l’équilibre un peu fragile, un doigt de crispation à l’occasion du côté d’Alex Banjo quand il marche sur son jack de guitare et la débranche, mais on est surtout bluffé par leur fraîcheur et leur enthousiasme. Sans parler des chansons aux textes évocateurs, dont les refrains n’ont pas fini de hanter ceux qui tombent dedans. De la rigolotte “Jack Nicholson Style”, avec son gimmick de guitare aigrelette, au candide “Big Boy”, chanté par Leo Bear Creek (14 ans), délaissant ses fûts pour un ukulélé, en passant par “Broken Heart”, perle kinksienne signée Alex. Mais les plus insidieuses sont encore celles, comme “Music From The Ceiling” ou “New Territories”, qui commencent en douceur pour mieux entraîner l’auditeur dans une mini-saga musicale à rebondissements.

Comme disent les Anglo-Saxons, que peut-on trouver à ne pas aimer ici ? Rien. C’est en tout cas ce qu’ont pensé les 400 spectateurs de la Maroquinerie, pas venus pour eux, mais qui leur ont réservé un accueil plus que chaleureux. Plus en tout cas qu’au blues-folk léché au quart du petit poil, mais quelque peu soporifique, de Michael J. Sheehy & The Hired Mourners, qui leur ont succédé. Et pas loin d’égaler celui qui a salué la performance échevelée et intense d’Okkervil River. Manque juste sans doute à ces derniers un peu plus de présence physique pour passer à l’échelon supérieur – les musiciens, très concentrés, avec leurs barbes bien taillées, font plus penser à un congrès de vendeurs de Bibles qu’à des rock-stars, et Will Sheff commence à être un peu bouffi, avec, quand il porte ses lunettes, de faux airs du Lennon fatigué de 65. C’est sans doute injuste, mais c’est ainsi.

Un problème qui ne se pose pas pour Coming Soon… Graines de star ? J’aimerais que le miracle aille jusque là. Sans trop y croire. Le choix de l’anglais, un style musical pas franchement mainstream, le son garanti 100 % fait main, mais pas franchement radio friendly… sans parler de mon enthousiasme. Tout est là pour leur prédire un joli succès critique, mais guère plus. D’autant qu’ils ne peuvent pas tourner de façon trop suivie, deux d’entre eux étant encore au lycée ou au collège. Il leur a même fallu une autorisation de la Ddass pour pouvoir jouer, le 11 avril prochain, lors de la soirée organisée par leur label, Kitchen, à la Flèche d’Or. Parisiens, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

18 décembre 2007

Cream (get on top)










C’est un des grands jeux de fin d’année. Tout le monde et son petit frère publie son top de fin d’année : la presse, les sites Internet, les blogs, vous et moi. Signe qui ne trompe pas, l’un des groupes qui marchent le mieux sur Facebook en ce moment n’est autre que Ton Top 10 albums 2007 vaut bien mon Top 10 albums 2007. Si vous n’avez pas encore plongé, le site Stereogum répertorie les listes “qui comptent” (Pitchfork, Rolling Stone, ce genre), tandis que les news de La Blogothèque recensent les tops plus, ahem, underground, disons, faute de mieux (lire : pointus, pertinents…).

L’intérêt de tout ça ? Jouer les supporters et se rassurer (ou au contraire, pester, si l’on est un peu snob, y a pas de honte) en s’apercevant que tel disque qu’on croyait passé inaperçu est tombé dans les bonnes oreilles. Ou, à l’inverse, se féliciter (si l’on est élitiste) ou pester que ses chouchous soient passés par pertes et profits.

Et, surtout, servir de pense-bête pour essayer de jeter une oreille sur tous ces disques peut-être bien essentiels qu’on a ratés, dans la surproduction ambiante.

Pas de raison que j’échappe à la règle. En toute subjectivité…

1. of Montreal – Hissing Fauna, Are You The Destroyer
- Okkervil River – The Stage Names
3. Caribou - Andorra
- The Sadies – New Seasons
5. Jens Lenkman – Night Falls Over Kortedala
- Sister Vanilla – Little Pop Rock
7. Apples in Stereo – New Magnetic Wonder
8. Fiery Furnaces – Widow City
9. Arthur & Yu – In Camera
- Liars - Liars
- The Raveonettes – Lust Lust Lust
- Super Furry Animals – Hey Venus !

14 novembre 2007

Le Ciel et l’Enfer


Unless It's Kicks

Pas question pour moi de rater Okkervil River hier à la Cigale. Même en lever de torchon de Vic Chesnutt, dont je n’ai pas la carte du fan-club tatouée sur le front.
Et c’est peu dire que je n’ai pas été déçu. Même s’ils n’ont pas joué mes deux chansons favorites de The Stage Names, leur dernier album (“A Girl In Port” et “John Allyn Smith Sails”), ils ont déclenché une tempête passionnelle et émotionnelle de force 12, Will Sheff en tête, abandonné, le regard vague (myopie carabinée oblige). Pas étonnant qu’au terme d’un strip-tease qui l’a vu se dépouiller au fil du set de son costume-cravate dépenaillé, le chanteur habité ait fini en t-shirt à l’effigie de Jacques Brel (même si c’est du Gainsbourg que le sextet aura repris pour l’occasion). Honoré de jouer à la même affiche que Vic Chesnutt, Will nous dira que son sound-check lui avait donné l’impression que les portes du Ciel s’ouvraient, ou plutôt d’un Ciel mêlé à l’Enfer. Ce qui peut aussi s’appliquer à Okkervil River, qui mélange dans ses passions destructrices et splendeur musicale.

Mais moins quand même, c’est vrai, qu’à Vic Chesnutt. Un sacré amoché de la vie, paraplégique depuis son adolescence, rescapé de plusieurs tentatives de suicides et du fond de la bouteille. Fan de Nina Simone (dont il reprend “Fodder On Her Wings”), sa voix rugueuse, s’échappant parfois en apesanteur, a trouvé écrin à sa mesure avec certains des musiciens de Silver Mt. Zion et Guy Piccioto. Ce dernier renouant ainsi, en quelque sorte, avec l’emo dans son sens originel, dont il fut l’initiateur au milieu des années 80 au sein de Rites Of Spring. Il aurait vraiment fallu avoir un cœur de pierre (et les oreilles bouchées) pour ne pas être touché par ce dialogue, entre absolu respect et grandes envolées soniques, entre musiciens d’horizons différents, débouchant notamment sur une bouleversante relecture de “Ruby Tuesday”.

Quelques vidéos live supplémentaires d’Okkervil River



Westfall


A King And A Queen


Setlist (de mémoire)

Plus Ones
A Hand To Take Hold Of The Scene
The Latest Toughs
I Just Came To Tell You That I'M Going (Je Suis Venu te Dire Que Je M'En Vais)
Unless It's KicksAssocier
A King And A Queen
You Can't Hold The Hand Of A Rock And Roll Man
So Come Back, I Am Waiting
Our Life Is Not A Movie Or Maybe
For Real
Westfall

PS Et tant qu'on y est, profitez donc de leur toute récente Daytrotter Session, avec trois reprises inédites de Carole King, Jimmy Webb et John Phillips, et une version skiffle de “You Can't Hold The Hand Of A Rock And Roll Man”, à écouter et télécharger.

31 août 2007

La surprise du Sheff

J'ai beau avoir la larme facile, si on m'avait dit qu'un jour, je me retrouverais l'oeil embrumé et la gorge serrée à l'écoute d'une chanson sur les groupies (l'un des thèmes les plus rebattus et propices à toutes les horreurs du rock), j'aurais bien ri. Seulement voilà, Will Sheff n'est pas n'importe qui. Et Okkervil River, le groupe dont il est l'âme et seul membre constant depuis près de dix ans, une formation capable de miracles. La preuve avec "A Girl In Port", justement, et ses arrangements rebondissant de la guitare acoustique du Sheff à des crescendos nimbés du piano le plus élégant entendu depuis la disparition de Nicky Hopkins, d'une pedal steel à faire sangloter les pierres, d'un cornet évadé de "Forever Changes", et de frémissements de mandoline.

N'allez pas croire pour autant que The Stage Names, le nouvel opus des Austiniens (d'adoption, pour la plupart) respire la mélancolie. Après le sombre et oppressant Black Sheep Boy, c'est comme si le sextette avait éprouvé le besoin d'ouvrir les volets et les fenêtres et de laisser rentrer l'air du dehors. Et même de s'amuser, si, si.

Sheff et consorts éprouvent un plaisir aussi évident que contagieux à secouer les étiquettes (rock littéraire, alt-country...) qu'on a voulu leur coller. Si le sextette peut toujours plaire aux aficionados de Lambchop ou Tindersticks, il durcit le jeu, accélère volontiers le tempo et multiplie les clins d'œil (les cordes et les chœurs T. Rex de "You Can't Hold the Hand of a Rock and Roll Man", la rythmique Motown de "A Hand to Take Hold of the Scene", ou la citation appuyée de "Sloop John B" qui clôt "John Allyn Smith Sails" et l'album). "Plus Ones", exercice oulipien, cite dans son texte un maximum de chansons de rock comportant un nombre dans leur titre, de "96 Tears" à "Care of Cell 44", en leur ajoutant une unité et sans perdre le fil du désamour.

Autant de références qui n'ont rien de gratuit, puisque The Stage Names est une réflexion sur la condition de l'artiste (pas forcément rocker, la très tendre et velvetienne "Savannah Smiles" s'inspirant de l'actrice de porno, et "John Allyn Smith Sails" se plaçant dans la tête du poète beat au moment de son suicide), et ses rapports avec les fans.

Enfin, ça, c'est presque un bonus, tant la classe des mélodies, le pouvoir émotionnel de la voix étranglée de Sheff et la richesse - jamais ostentatoire - des arrangements suffisent à envoûter. Il y a des moments comme ça où un groupe qu'on aimait déjà beaucoup se transcende et sort un genre de disque parfait. Et c'est précisément ce qui arrive à Okkervil River.

The Stage Names (Jagjaguwar/Differ-Ant)

Photo ©Todd Wolfson/Jagjaguwar

http://www.okkervilriver.com (la discographie commentée par Will Sheff est un must, bourré d'humour autodépréciateur)
http://www.jagjaguwar.com/artist.php?name=okkervilriver