Comme je le racontais la dernière fois, un des premiers albums que j’ai failli acheter était A Question Of Balance des Moody Blues. Je l’ai échappé belle ! Car si, en 68-69, les Anglais ont connu une sorte d’état de grâce, il s’est aussitôt dissipé. Justifiant les quolibets qui les ont accablés (non, je n’ai quand même pas poussé le vice jusqu’à jeter une oreille aux albums post-reformation, avec mullets et résidences à Las Vegas à la clé).
Histoire de me rincer les oreilles, et de me mettre en bouche avant leur double CD live annoncé pour août, Remember, j’ai profité de ce qu’un homme de bien avait posté la prestation des Fiery Funaces à Bonnaroo, le week-end dernier, pour me délecter encore une fois de la façon qu’ont les Brooklyno-Chicagoans de réinventer leur répertoire.
Pour ces dernières dates avant les vacances, ils ont eu la double bonne idée de mettre entre les pattes de Jason Loewenstein, fraîchement rentré d’un périple européen avec Sebadoh, une guitare plutôt qu’une basse, et d’inviter leur amie Annabelle Cazes, alias Glockabelle. Qui, comme son surnom l’indique, est une allumée du glockenspiel, dont elle joue avec un dé à coudre à chaque doigt (sauf le pouce) – quand, en guise d’intro à “Navy Nurse”, elle n’expédie pas la “Marche Turque” sur un mini Casio !
Infatigables, les Friedberger ont assuré dans la foulée un deuxième set totalement différent, paraît-il, sans Annabelle mais à deux guitares, l’alimentation des claviers de Matt étant déglinguée. Hélas, sans trace apparente sur les Interwebs…
Si vous avez envie de savoir comment les Fiery Furnaces avaient remplacé Jason, c’est encore une fois vers nyctaper qu’il faut se tourner, avec un show capturé en avril à Brooklyn. Et c’est assez savoureux. Plutôt intrigante sur le papier, leur collaboration avec Kyle Hollingsworth, clavier du jam band String Cheese Incident, a tenu ses promesses, dans un genre plus déconnant que prog (ouf !), avec pas mal de vieilles chansons dépoussiérées au menu.
Bref, tout cela me donne une furieuse envie de découvrir Remember. Qui, comme il se doit, ne sera pas un live “normal”, mais mélangera des chansons (ou fragments) extraits de concerts de différentes périodes. Déconstruction, quand tu nous tiens…
Quant au prochain disque studio, après vote des fans, il s’agira d’un album funky, dont les paroles seront inspirées par des tranches de vie de ces mêmes fans, brièvement résumées sur des feuilles remises à Matt à l’issue des concerts. La routine, en somme, pour un groupe de rock moyen…
Et pour en rester dans mes obsessions, Skeletal Lamping, le prochain of Montreal, conçu selon Kevin Barnes pour déjouer les attentes de l’auditeur, est attendu pour octobre, concert à l’Elysée-Montmartre le 15 en prime. Une visite tous les six mois, c’est une bonne moyenne, merci à eux.
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19 juin 2008
16 novembre 2007
Fun House
Des mots… plein de mots, des bouts de phrases extraits de leurs chansons qui se chevauchent et se télescopent, c’est ce qu’ont choisi les Fiery Furnaces pour remplir leur rideau de fond de scène. Un choix tout sauf innocent, quand on connaît la propension de Matt Friedberger à imaginer moult histoires abracadabrantesques remplies de noms de lieux et de personnes et de références ésotérico-ludiques. Et tout autant, comme on a encore pu encore le constater hier soir au Nouveau Casino, quand on connaît la capacité des Brooklyniens (d’adoption) à recombiner les chansons de leur foisonnant répertoire (6 CD en 5 ans, plus le double solo de Matt !), en les réinventant au passage.
Autant dire que même avec un personnel inchangé par rapport à leur dernier passage dans le même lieu, il y a 18 mois, tout est transformé. D’abord, cette fois, l’aîné des Friedberger est aux claviers (orgue, piano et synthé, triturés aux pédales d’effets) et ne chante quasiment pas, laissant Eleanor (qui ressemble de plus en plus à Karen Carpenter, avec sa mèche dans les yeux) se dépêtrer avec une grâce infinie des acrobatiques tartines que son frangin lui met en bouche. Et puis, naturellement, cette fois, c’est Widow City, le nouvel album, qui structure le set, où s’incorporent organiquement les chansons plus anciennes. Même quand on connaît tous leurs albums par cœur, l’effet live est bluffant, tant la profusion de thèmes a de quoi donner le tournis. Et si, après tout, les Fiery Furnaces sur scène étaient un genre de parc d’attractions ? Quelque part entre roller-coaster en folie (brusques virages, doubles loopings, vrilles inattendues), fun house (miroirs déformants, escaliers instables, courants d’air) et maison hantée (passages secrets entre les différents thèmes et albums, intervention du surnaturel). Quelque chose de très physique aussi, grâce à l’impact du tandem rythmique Jason Loewenstein (basse, ex-Sebadoh)-Bob d’Amico (batterie).
Bref, une expérience unique. Et multidimensionnelle. Normal. Les Fiery Furnaces ne font jamais rien comme tout le monde. Ce qui leur vaut sans doute d’être un des groupes les plus controversés de la décennie. Sur qui je ne me priverai pas de revenir. Après tout, si leur musique se mérite, exigeant de l’auditeur un effort (d’attention, au moins) réel pour en saisir la substance, en faire l’exégèse est ensuite un plaisir. Qui a déjà nourri maint autres blogs. Pourquoi s'en priver ?
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