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5 juin 2008

Guitar hero

En apparence, Stephen Malkmus n'a pas changé. Il affichait hier soir à la Maroquinerie son éternelle allure de grand dadais, casquette enfoncée sur les yeux et allure mi-provocante, mi-empruntée, le corps (offert de préférence de profil) en déséquilibre.

Le déséquilibre, ou plutôt l'équilibre fragile et toujours menacé, c'est aussi évidemment la caractéristique de la musique du bonhomme depuis les débuts de Pavement. Mais, tout bien considéré, je ne suis pas certain que la voie qui s'affirme au fil de sa trajectoire solo soit forcément la plus gratifiante pour le fan.

Et là, il me faut manger mon chapeau. Je me suis enthousiasmé aveuglément pour Real Emotional Trash, le dernier CD de SM et ses Jicks... avant de m'en lasser rapidement. Pas assez de chansons mémorables, trop de solos impressionnants le temps de quelques écoutes, mais sans mystères.

Et en concert, c'est un peu la même chose. Bien soutenu par les Jicks, SM est irréprochable, mais… bavard. Et ses longs morceaux, pourtant rythmés par des montées, accélérations et décélérations, finissent par se ressembler. Au risque de donner un bon concert, mais un peu linéaire, où l'on a l'impression qu'il ne se passe pas tant de choses. Peut-être, tout simplement, parce que Malkmus est un excellent guitariste, mais pas un guitariste magique.

Heureusement, le rappel sera agrémenté, pour le fun, d'un “Alright Alright Alright” (soit la reprise du "Et moi, et moi, et moi” de Dutronc via Mungo Jerry) où tout le monde se lâche vraiment, sur scène comme dans le public.

Reste comme une impression de s'être finalement davantage amusé avec les chansons délirantes et/ou autobiographiques du toujours excellent Jeffrey Lewis, en première partie (accompagné comme il se doit par son frangin Jack et Yaya Herman Düne).

Et l'idée qu'à tout prendre, la reformation de Pavement, qui semble s'annoncer pour 2009, ne serait pas si idiote…

5 mars 2008

Le plaisir façon SM


On le sait depuis les débuts de Pavement, Stephen Malkmus est un esprit libre. Pas du genre à suivre les modes (même si ses premiers balbutiements contribuèrent à populariser le terme de lo-fi), juste à suivre son humeur.

Et si l'on en juge par Real Emotional Trash, son nouvel opus avec les Jicks, le sieur Stephen est d'humeur plutôt badine. L'enregistrement du disque a beau avoir été plutôt laborieux, comme il s'en est expliqué il y a quelques mois sur Pitchfork, rien ne transparaît dans les longues chevauchées de six-cordes qui illuminent le morceau-titre, “Baltimore” ou “Elmo Delmo”. Même s'il n'a pas oublié d'écrire des chansons (la délicieuse “Gardenia” ou la touchante “We Can't Help You”, qui bénéficient toutes deux de chœurs façon girl group innocent, de l'avantage de la mixité parfaite des Jicks...), même si on est ravi de retrouver cette voix si merveilleusement approximative (que l'on sentait contrainte dans la B.O de I'm Not There), l'essentiel est manifestement ailleurs.

Dans la joie de jouer ensemble, tout simplement, sans se poser de questions. De se lancer dans de longues jams psychédéliques, où il rappelle à qui l'ignorerait encore qu'avec les années, il est devenu l'égal d'un Tom Verlaine ou d'un John Cipollina (Quicksilver Messenger Service), pour l'inspiration mélodique et l'art de jouer avec les sons. Et pour ce qui est des impros nerveuses, les Jicks ont reçu un renfort précieux en la personne de Janet Weiss, l'ex-batteuse de Sleater-Kinney, et toujours membre de Quasi (qui a recruté Joanna Bolme, la bassiste des Jicks, la scène de Portland est une grande famille incestueuse*). Si Keith Moon avait eu une fille, ce ne pourrait être qu'elle, jamais en retard d'une relance ou d'un roulement pour relancer la machine.

Autant dire que la date du 4 juin est déjà marquée d'une pierre blanche, puisque toute la bande débarquera à la Maroquinerie. Et comme cet album est taillé sur mesure pour le live, on en salive d'avance...

*Pour la petite histoire, Quasi est le duo formé par Janet avec son ex-mari, Sam Coomes, qui jouait avec Elliott Smith au sein de Heatmiser. Et Joanna Bolme a été la petite amie d'Elliott Smith, que Quasi a fréquemment accompagné sur scène.







SMJcov.jpg Real Emotional Trash (Domino/Pias)

Le site de Stephen Malkmus








Photo : © David Torch