Of Montreal sur scène, c'est plus que jamais le grand magic circus et ses animaux gays. Au fil du show, rythmé par d'incessantes projections naïves, se succèdent de gros bouddhas dorés qui amènent Kevin Barnes, le Monsieur Loyal de la troupe, sur la piste, des mannequins vivants, un cochon, une girafe et un tigre, un roadie qui se fait couper les cheveux, ou le dieu Pan qui s'adonne à une orgie de fruits. Et encore n'est-ce que la version largement downsizée pour cette petite tournée européenne du grand Barnum américain, avec moult décors et largement plus d'acteurs/danseurs/performers et de costumes.
Un grand n'importe quoi rigolo et bricolo, passablement camp et dans la meilleure tradition arty déconnante d'Athens, Géorgie, patrie d'adoption d'of Montreal mais aussi, avant eux, des B-52's et du collectif Elephant 6.
Ce côté happening permanent n'est que la traduction visuelle de la voie empruntée par Kevin Barnes sur Skeletal Lamping, le tout nouvel album du groupe, joué dans sa quasi-intégralité, et conçu comme un kaléidoscope electro-disco-funko-psychédélique destiné à désorienter l'auditeur. On l'avait vu sortir de la dépression en adoptant un alter ego pervers polymorphe à la fin de Hissing Fauna, Are You The Destroyer, et c'est celui-ci - alias Georgie Fruit, quinquagénaire noir adepte des changements de sexe à répétition et musicien de funk - qui a pris le dessus. D'où une partouze de styles et de thèmes souvent éblouissante, parfois sans queue ni tête, et à l'occasion ennuyeuse, quand Kevin s'attarde dans des digressions bruitistes.
Pour mieux varier les plaisirs (et le son), pratiquement tout le groupe - enjoué et irréprochable, comme d'habitude - s'adonne plus que jamais à un échangisme forcené. Dottie Alexander, souriant petit pot à tabac en tutu, ne dédaigne pas de délaisser les claviers pour la Strat, Ahmed Gallab, afro et bandeau bleu, quitte parfois son kit pour une guitare ou une basse, Jamey Huggins virevolte entre deuxième kit, basse, synthé et guitare, et Kevin, toujours maquillé comme un camion volé, délaisse sa SG pour s'installer au piano le temps d'un touchant "Touched Something's Hallow", Bryan Poole à la guitare et Davey Pierce à la basse tenant la maison. Selon les besoins, il peut ainsi y avoir jusqu'à 4 guitares à la fois, ou deux basses, ou deux batteries.
Si, pendant une heure, la jouissance est sans mélange, la dernière demi-heure se fait quelque peu étouffe-chrétien, la faute à une set-list mal équilibrée, et qui plus est allégée par rapport aux shows américains de deux friandises plus anciennes (“Eros Erotic Tundra” et l'aérien "Disconnect The Dots") qui auraient allégé le menu.
Quant à la reprise finale de "Smells Like Teen Spirit", je l'ai interprétée comme un appel à l'usage du déodorant dans le public, hautement pue la sueur - oui, c'était mieux quand ça sentait la cigarette.
Lâcher le mot de déception serait un peu fort, mais il y a de cela, quand on se souvient de l'état de grâce de la bande, au Point Ephémère ou à la Maroquinerie. Et il n'y a même pas de cabas, de lanterne, de badge ou un simple vinyle (Skeletal Lamping est marketé sous 7 formes différentes) en vente pour se consoler. La prochaine fois, sans doute...
Skeletal Lamping est en streaming intégral sur le MySpace du groupe
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16 octobre 2008
19 juin 2008
Coup de chance
Comme je le racontais la dernière fois, un des premiers albums que j’ai failli acheter était A Question Of Balance des Moody Blues. Je l’ai échappé belle ! Car si, en 68-69, les Anglais ont connu une sorte d’état de grâce, il s’est aussitôt dissipé. Justifiant les quolibets qui les ont accablés (non, je n’ai quand même pas poussé le vice jusqu’à jeter une oreille aux albums post-reformation, avec mullets et résidences à Las Vegas à la clé).
Histoire de me rincer les oreilles, et de me mettre en bouche avant leur double CD live annoncé pour août, Remember, j’ai profité de ce qu’un homme de bien avait posté la prestation des Fiery Funaces à Bonnaroo, le week-end dernier, pour me délecter encore une fois de la façon qu’ont les Brooklyno-Chicagoans de réinventer leur répertoire.
Pour ces dernières dates avant les vacances, ils ont eu la double bonne idée de mettre entre les pattes de Jason Loewenstein, fraîchement rentré d’un périple européen avec Sebadoh, une guitare plutôt qu’une basse, et d’inviter leur amie Annabelle Cazes, alias Glockabelle. Qui, comme son surnom l’indique, est une allumée du glockenspiel, dont elle joue avec un dé à coudre à chaque doigt (sauf le pouce) – quand, en guise d’intro à “Navy Nurse”, elle n’expédie pas la “Marche Turque” sur un mini Casio !
Infatigables, les Friedberger ont assuré dans la foulée un deuxième set totalement différent, paraît-il, sans Annabelle mais à deux guitares, l’alimentation des claviers de Matt étant déglinguée. Hélas, sans trace apparente sur les Interwebs…
Si vous avez envie de savoir comment les Fiery Furnaces avaient remplacé Jason, c’est encore une fois vers nyctaper qu’il faut se tourner, avec un show capturé en avril à Brooklyn. Et c’est assez savoureux. Plutôt intrigante sur le papier, leur collaboration avec Kyle Hollingsworth, clavier du jam band String Cheese Incident, a tenu ses promesses, dans un genre plus déconnant que prog (ouf !), avec pas mal de vieilles chansons dépoussiérées au menu.
Bref, tout cela me donne une furieuse envie de découvrir Remember. Qui, comme il se doit, ne sera pas un live “normal”, mais mélangera des chansons (ou fragments) extraits de concerts de différentes périodes. Déconstruction, quand tu nous tiens…
Quant au prochain disque studio, après vote des fans, il s’agira d’un album funky, dont les paroles seront inspirées par des tranches de vie de ces mêmes fans, brièvement résumées sur des feuilles remises à Matt à l’issue des concerts. La routine, en somme, pour un groupe de rock moyen…
Et pour en rester dans mes obsessions, Skeletal Lamping, le prochain of Montreal, conçu selon Kevin Barnes pour déjouer les attentes de l’auditeur, est attendu pour octobre, concert à l’Elysée-Montmartre le 15 en prime. Une visite tous les six mois, c’est une bonne moyenne, merci à eux.
Histoire de me rincer les oreilles, et de me mettre en bouche avant leur double CD live annoncé pour août, Remember, j’ai profité de ce qu’un homme de bien avait posté la prestation des Fiery Funaces à Bonnaroo, le week-end dernier, pour me délecter encore une fois de la façon qu’ont les Brooklyno-Chicagoans de réinventer leur répertoire.
Pour ces dernières dates avant les vacances, ils ont eu la double bonne idée de mettre entre les pattes de Jason Loewenstein, fraîchement rentré d’un périple européen avec Sebadoh, une guitare plutôt qu’une basse, et d’inviter leur amie Annabelle Cazes, alias Glockabelle. Qui, comme son surnom l’indique, est une allumée du glockenspiel, dont elle joue avec un dé à coudre à chaque doigt (sauf le pouce) – quand, en guise d’intro à “Navy Nurse”, elle n’expédie pas la “Marche Turque” sur un mini Casio !
Infatigables, les Friedberger ont assuré dans la foulée un deuxième set totalement différent, paraît-il, sans Annabelle mais à deux guitares, l’alimentation des claviers de Matt étant déglinguée. Hélas, sans trace apparente sur les Interwebs…
Si vous avez envie de savoir comment les Fiery Furnaces avaient remplacé Jason, c’est encore une fois vers nyctaper qu’il faut se tourner, avec un show capturé en avril à Brooklyn. Et c’est assez savoureux. Plutôt intrigante sur le papier, leur collaboration avec Kyle Hollingsworth, clavier du jam band String Cheese Incident, a tenu ses promesses, dans un genre plus déconnant que prog (ouf !), avec pas mal de vieilles chansons dépoussiérées au menu.
Bref, tout cela me donne une furieuse envie de découvrir Remember. Qui, comme il se doit, ne sera pas un live “normal”, mais mélangera des chansons (ou fragments) extraits de concerts de différentes périodes. Déconstruction, quand tu nous tiens…
Quant au prochain disque studio, après vote des fans, il s’agira d’un album funky, dont les paroles seront inspirées par des tranches de vie de ces mêmes fans, brièvement résumées sur des feuilles remises à Matt à l’issue des concerts. La routine, en somme, pour un groupe de rock moyen…
Et pour en rester dans mes obsessions, Skeletal Lamping, le prochain of Montreal, conçu selon Kevin Barnes pour déjouer les attentes de l’auditeur, est attendu pour octobre, concert à l’Elysée-Montmartre le 15 en prime. Une visite tous les six mois, c’est une bonne moyenne, merci à eux.
28 décembre 2007
Obsession
Juste pour le plaisir, encore quelques vidéo d'of Montreal (je sais, c'est une obsession). Avec, pour commencer, une excellente capture du concert au Paradiso d'Amsterdam, le 11 décembre, par l'impeccable site Fabchannel.com (une mine pour qui aime le live). Concert qui commence, ô bonheur insigne, par une une version dantesque de "The Past Is A Grotesque Animal", et se poursuit avec une setlist très similaire au show parisien du 14.
A Paris, le 14, justement, Kevin et Bryan, la mine un peu chiffon, faisaient un petit tour du côté des Inrocks pour y livrer une version acoustique du délicieux "Days" des Kinks, et des relectures très bowiennes de "Heimdelsgate Like, "Bunny Ain't No Kind Of Rider" et "Suffer For Fashion", totalement éloignées des versions de Hissing Fauna, Are You The Destroyer?
Mais évidemment, la chanson qui ressort le plus métamorphosée d'un traitement acoustique (et solo, en l'occurence) est "The Past Is A Grotesque Animal", qui prend un sens tout différent en étant dépouillée de sa frénésie maniaque. Et révèle, mieux que toute glose, le pur coup de génie de Hissing Fauna, où musique et texte tirent dans deux sens diamétralement opposés pour créer un sentiment aussi ambigu que troublant.
Sur ce, je promets d'arrêter avec cette chanson (celle qui m'a fait dresser le poil tout au long de 2007) et of Montreal. Au moins jusqu'en 2008...
18 décembre 2007
Cream (get on top)
C’est un des grands jeux de fin d’année. Tout le monde et son petit frère publie son top de fin d’année : la presse, les sites Internet, les blogs, vous et moi. Signe qui ne trompe pas, l’un des groupes qui marchent le mieux sur Facebook en ce moment n’est autre que Ton Top 10 albums 2007 vaut bien mon Top 10 albums 2007. Si vous n’avez pas encore plongé, le site Stereogum répertorie les listes “qui comptent” (Pitchfork, Rolling Stone, ce genre), tandis que les news de La Blogothèque recensent les tops plus, ahem, underground, disons, faute de mieux (lire : pointus, pertinents…).
L’intérêt de tout ça ? Jouer les supporters et se rassurer (ou au contraire, pester, si l’on est un peu snob, y a pas de honte) en s’apercevant que tel disque qu’on croyait passé inaperçu est tombé dans les bonnes oreilles. Ou, à l’inverse, se féliciter (si l’on est élitiste) ou pester que ses chouchous soient passés par pertes et profits.
Et, surtout, servir de pense-bête pour essayer de jeter une oreille sur tous ces disques peut-être bien essentiels qu’on a ratés, dans la surproduction ambiante.
Pas de raison que j’échappe à la règle. En toute subjectivité…
1. of Montreal – Hissing Fauna, Are You The Destroyer
- Okkervil River – The Stage Names
3. Caribou - Andorra
- The Sadies – New Seasons
5. Jens Lenkman – Night Falls Over Kortedala
- Sister Vanilla – Little Pop Rock
7. Apples in Stereo – New Magnetic Wonder
8. Fiery Furnaces – Widow City
9. Arthur & Yu – In Camera
- Liars - Liars
- The Raveonettes – Lust Lust Lust
- Super Furry Animals – Hey Venus !
17 décembre 2007
Kevin is a grandiose animal
Commencer un concert par son grand morceau de bravoure, c’est un choix. Rarissime et osé. Et c’est précisément comme cela qu’of Montreal attaque son deuxième passage parisien de l’année, ce 14 décembre, à la Maroquinerie. Les frissons de synthé, le rythme inhumain qui s’affirme, inexorable, c’est bien “The Past Is A Grotesque Animal”. Soit douze bonnes minutes d’une obsédante (et obsédée) spirale techno-pop en incessant crescendo qui aspire irrésistiblement l’auditeur dans le récit glaçant de l’effondrement mental de son auteur, parsemé de références à Georges Bataille et d’aphorismes cruels.
Et toute l’heure restante sera du même calibre : jubilatoire, dansante et borderline. En s’affublant d’oripeaux glam-trash (maquillage vert, mini-short bleu, bas résille) et en repeignant ses dépressions nerveuses et ses mélodies enjoleuses de disco-beat appuyé et synthétique sur édredon moelleux de basses Rickenbacker (souvent doublées), Kevin Barnes s’affiche depuis la sortie de Hissing Fauna, Are You The Destroyer?, en improbable rejeton (totalement assumé) du Prince de Purple Rain et de Ziggy Bowie. Si, au Bataclan, ce dernier album fournissait l’essentiel du répertoire, cette fois, les munitions sont tout autant puisées chez ses prédécésseurs, The Sunlandic Twins (surtout) et Satanic Panic In The Attic. On sent bien le groupe un peu fatigué (escale prolongée à Amsterdam et fin de tournée obligent…), mais toujours enthousiaste, et en pleine maîtrise de son art.
Peu d’artistes ont su se réinventer aussi totalement. Car on a bien du mal à reconnaître dans ces party animals les popsters bavards affiliés au collectif Elephant 6, entre Syd Barrett et Brian Wilson…
Autant dire qu’on attend la suite avec impatience. Pas mal de chansons sont déjà écrites (on a eu droit à la très queer “Softcore”), et Kevin entend continuer à explorer son côté obscur à travers son alter ego Georgie Fruit (!), transsexuel noir apparu dans les dernières chansons de Hissing Fauna. Oui, pas de doute, Mr Barnes fait partie de la race des grands allumés.
The Booty Patrol : un excellent centre de ressources tenu par des fans, sous forme de blog. Toutes les nouvelles, interviews, liens, derniers concerts à télécharger et vidéos à voir, etc.
9 novembre 2007
Ailleursland
Si j’étais moins feignant, je passerais plus de temps à écrire ce blog, au lieu de lire (et d’intervenir sur) ceux des autres.
Mais comme je n’ai pas un si mauvais fond, le moins que je puisse faire ici est au moins de faire profiter de mes trouvailles.
Pour rester du côté de Sleater-Kinney, épinglé hier, Carrie Brownstein, la brune guitariste (plutôt lead, mais les entrelacs de six-cordes étaient une des marques de fabrique du groupe) et chanteuse (plutôt deuxième voix, mais les chevauchements de cordes vocales, etc.) tient un nouveau blog depuis le début de la semaine, Monitor Mix. Le thème : essentiellement des réflexions sur la musique, la façon dont elle est reçue, jouée, sans avoir peur des digressions. Le ton et les questions soulevés sont pertinents (par exemple, pourquoi a-t-on tendance à négliger les artistes les plus importants qui vous ont forgé le goût ?), et Carrie ne censure pas les (très nombreux) commentaires et réponses et. La preuve ? Dans son entrée sur l’affectation, elle m’a laissé citer en illustration les groupes qui se mettent en indeterminate hiatus.
Plus près de chez nous, l’excellent Philippe Dumez, dont je ne saurais trop vous recommander la lecture quotidienne de I Wanna Be Your Blog (en tête de mes liens), est le récent initiateur de Ween Will Rock You, consacré aux faux frères Dean et Gene. Même si, comme moi, vous avez du mal à vous laisser entièrement convaincre par La Cucaracha, leur petit dernier, vous pourrez y découvrir, notamment, de brillantes (quoique un peu hermétiques) exégèses de l’inimitable Pacôme Thiellement.
Et pour finir en musique, un petit tour du côté de nyctaper. Non, ce n’est pas une insulte, ça signifie juste l’enregistreur de New York… Un homme de bien qui, non content de fréquenter les concerts (Fiery Furnaces, of Montreal, Wilco, Richard Thompson, Dinosaur Jr, mais aussi Björk, nul n’est parfait), en ramène des captures audio d’excellente qualité avec son petit équipement personnel. Merci à lui!
Mais comme je n’ai pas un si mauvais fond, le moins que je puisse faire ici est au moins de faire profiter de mes trouvailles.
Et pour finir en musique, un petit tour du côté de nyctaper. Non, ce n’est pas une insulte, ça signifie juste l’enregistreur de New York… Un homme de bien qui, non content de fréquenter les concerts (Fiery Furnaces, of Montreal, Wilco, Richard Thompson, Dinosaur Jr, mais aussi Björk, nul n’est parfait), en ramène des captures audio d’excellente qualité avec son petit équipement personnel. Merci à lui!
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