28 septembre 2009

5 days later… still on a Fiery Furnaces high

Fiery Furnaces - Set list - 2009-09-23, Maroquinerie, Paris
In case anyone’s interested, here’s a pic of the set list at La Maroquinerie, Paris, september 23 2009. Plus the encore, as far as I can remember. That’s highly tentative, and any corrections are welcome.

Leaky Tunnel
Charmaine Champagne
Staring At The Steeple
Cut The Cake
Ray Bouvier
Chris Michaels
The End Is Near
Duplexes Of The Dead
Automatic Husband
Ex-Guru
Keep Me In The Dark
Drive To Dallas
Up In The North
Japanese Slippers
Evergreen
Worry Worry

I’m Waiting To Know You
I’m In No Mood To Comb My Hair
A Candymaker’s Knife In My Handbag
Here Comes The Summer

Photo : Marion Ruszniewski

25 septembre 2009

En retenue

Les Fiery Furnaces débordent tellement d'idées qu'ils peinent à trouver leur place dans le paysage musical des années 2000. Six albums studio en autant d'années, plus une compilation de singles, plus un double CD/triple live revisitant radicalement les chapitres précédents, sans oublier un double CD solo de Matt Friedberger, semblent avoir épuisé beaucoup de bonnes volontés. D'autant que, sur la plupart de leurs morceaux, les FF mettent davantage d'idées mélodiques et de trouvailles d'arrangements que nombre de leurs pairs sur toute leur discographie - et à peine moins de mots. Avec un luxe dans les détails - personnages, lieux - proprement vertigineux. Mais également ludique.

Sur scène, le groupe a toujours réarrangé ses morceaux jusque dans leur ADN, au point de les rendre parfois quasi méconnaissables. Une expérience virtuose et impressionnante, mais plus sans doute sur un plan cérébral que physique et émotionnel. Et parfois à la limite de la saturation sensorielle.

Mais il faut croire que Remember, le live/somme de l'an passé, a marqué la fin d'un cycle. I'm Going Away, le nouvel album, est le plus accessible du groupe depuis Gallowsbird’s Bark, leur tout premier, et l'EP compilatoire. Et, ce n'est sans doute pas une coïncidence, les paroles de chacun de ces disques sont écrites par Eleanor.

Connaissant l'art du contre-pied typique de la formation, on aurait pu s'attendre à ce que, sur la scène de la Maroquinerie, elle brouille les lignes de force pop d'I'm Going Away. Mais non, pour la première fois sans doute de leur carrière, les Fiery Furnaces ne jouent plus avec leurs chansons, comme le chat avec la souris. Ils les interprètent juste (dans tous les sens du terme) avec fougue, intensité et âme. Sans se départir de leur capacité à partir sur des tangentes et à en revenir (la rythmique Jason Loewenstein/Bob D'Amico est toujours irréprochable), mais avec une retenue et une sobriété qu'on ne leur connaissait pas. À l'image de Matt, dont le jeu de guitare semble transfiguré. Alors que, lors de la tournée Bitter Tea, il pouvait faire penser au rejeton épileptique de Robert Fripp et Frank Zappa, balançant un déluge de notes ininterrompu, ses interventions se font ici tranchantes et mesurées. Mais c'est encore Eleanor qui profite le plus de cette nouvelle approche. Si auparavant, elle semblait souvent devoir s'accrocher pour ne pas être éjectée d'un kayak dévalant des rapides ou d'un bronco au cours d'un rodéo (déjà un exploit), cette fois c'est elle qui mène la barque, habitée et dans une forme vocale éblouissante, y compris sur un "Chris Michaels" qui n'a jamais aussi bien sonné.

C'est comme si, pour une fois, le groupe s'était donné l'autorisation de s'amuser simplement (par rapport à ses propres critères), de faire confiance à ses chansons, de jouer le jeu du spectacle et du plaisir. Dissocier, pour une fois, pop songs et concepts se révèle un pari totalement payant. Alors même qu'ils redoublent d'idées, entre Pop Art et Fluxus, pour associer toujours plus leur public à leur démarche, la créativité devant se trouver des deux côtés de la relation. Ainsi, juste après le concert, ils ont donné une "Masterclass" où ils répondaient aux questions, et en ont profité pour se fendre de versions acoustiques de "Tropical Ice-Land" et "Single Again". Alors qu'avant la sortie d'I'm Going Away, ils avaient invité leurs fans à en faire une description imaginaire. Ils devraient aussi sortir un "album" sans aucun son, mais juste des partitions, des tablatures ou des descriptions - prétexte à concerts pour qui voudra s'en servir. Matt pense également composer un disque influencé par des bouts de papiers donnés par les amateurs du groupe - notes de supermarché comme petites histoires... Oh, et j'allais oublier, deux volumes de reprises d'I'm Going Away par les Friedberger sont aussi dans les tuyaux – chacun étant composé de six des morceaux avec de nouvelles musiques d'Eleanor, et des six autres en version Matt. Qui dit mieux ?

18 septembre 2009

Too much, too soon ?

Ça pourrait être agaçant, à force. Tout a l'air presque trop facile pour Coming Soon. Un premier album salué par une presse ravie de jouer sur l'angle jeunesse et petite bande familiale. La reconnaissance de ses pairs (Dionysos et Olivia Ruiz qui leur fait signer deux compositions de son troisième album, Daho). Une apparition de Leo Bear Creek, le benjamin, sous pseudo Antsy Pants, sur la B.O. de Juno, n° 1 des charts outre-Atlantique. Des concerts salués pour leur énergie et leur enthousiasme hautement communicatifs. Et bons camarades avec ça, toujours prêts à rameuter leurs amis d'un peu partout, Stanley Brinks, Freschard, Wave Pictures et autre Lisa Li-Lund.

Ça pourrait être agaçant, oui. Sauf qu'il suffit d'une écoute de Ghost Train Tragedy pour balayer toute réticence. Moins roots et nature que New Grids, ce deuxième album est avant tout un grand disque de rock. Tout court. Torturé, sur lequel planent l'ombre de la mort et des amours impossibles. Et riche, ô combien ! Que Coming Soon compte dans ses rangs cinq songwriters et chanteurs, qui se complètent et se répondent sans jamais se marcher sur les pieds, y est bien sûr pour beaucoup. L'émulation est réelle, la sélection impitoyable. Et la seule fille du groupe pourrait bien être son arme secrète, par son apport décisif en couleurs, à la clarinette, la flûte, le xylophone ou au marimba. Un peu comme Brian Jones, oui.

D'un titre à l'autre, on passe d'un quasi-tango ("Don't Sell Me To The French") à des ballades qui semblent prolonger le Coney Island Baby de Lou Reed ("Minor Keys" et plus encore "Wild Catch"), d'un rock conjuguant les harmonies de "Under My Thumb" et basse disco ("Moonchild") à une ritournelle (pseudo ?) innocente, pour finir sur une reprise de Wave Pictures en chorale, façon hymne baptiste sorti du fond des âges.

Bref, on n'a pas le temps de s'ennuyer une seconde au fil de ces 55 courtes minutes. D'autant que le groupe ne chante pas pour ne rien dire ; il nous embarque à chaque fois dans de vraies petites histoires, dans un anglais peu conventionnel, mais bourré de formules qui font mouche et d'images saisissantes.

Non, Coming Soon n'a décidément rien d'une bande de premiers de la classe. Juste une classe folle. Et un univers qui ne cesse de s'affirmer.

8 septembre 2009

Itinéraire bis

Il n'y a pas que dans le rock que nombre de plaisirs délectables se situent davantage dans la marge que dans le mainstream. Le cinéma aussi, ce n'est pas un secret, a son histoire parallèle. Ses petits maîtres et ses grands malades, ses réjouissantes aberrations et ses affligeants navets... et toujours des budgets riquiquis. Ce que ses premiers fans esthètes et activistes, à travers moult fanzines, ont appelé le cinéma bis, à partir des années 60.

Déjà auteur de Cinéma bis : 50 ans de cinéma de quartier, qui abordait ce vaste territoire sous l'angle de ses protagonistes (réalisateurs, acteurs, producteurs...), Laurent Aknin remet l'ouvrage sur le métier, en compagnie cette fois de Lucas Balbo, éminent spécialiste et collectionneur, pour cosigner les Classiques du cinéma bis, chez Nouveau monde éditions.

Sous ce titre en forme d'oxymore (délibéré), 500 films sont analysés avec autant de passion que d'érudition, de Bride of the Monster d'Ed Wood au fabuleux Bubba Ho-Tep de Don Coscarelli, en passant par Danger : Diabolik de Mario Bava, l'Arrière-train sifflera trois fois ou Esta Noite Encarnarei no Teu Cadáver du Brésilien frappé José Mojica Marins, alias Zé do Caixão ou Coffin Joe.

Péplum, porno, spaghetti western, nudies, horreur, blaxploitation et autres se croisent et souvent s'entremêlent (rien n'est interdit dans ce cinéma impur par définition), et donnent au passage envie de voir tous les titres qu'on n'a pas encore eu l'occasion de se mettre sous la rétine. Et aussi d'un volume deux, pourquoi pas ? J'y verrais bien, par exemple, Calamari Wrestler, bizarrerie japonaise où un catcheur transformé en céphalopode reprend sa carrière sans que ça n'étonne vraiment personne de voir un calamar sur un ring...

En attendant, un site comme Medusa Fanzine (qui n'a pas oublié de rendre hommage à Lux Interior) vaut largement le détour. Stay sick, turn blue...

1 juillet 2009

Double jeu


Si je n’avais pas été aussi ensuqué depuis le mois de février, cela ferait bien longtemps que j’aurais parlé de l’album de Sylvia Hanschneckenbühl. Mais comme c’est un de mes disques de chevet depuis sa sortie, il y a trois mois, il n’y a pas de raison que je m’en prive.

Sylvia Hanschneckenbühl Doesn't Sing Christmas, donc, est une perle d’élégance altière où chaque note compte, un disque entièrement maîtrisé par son auteur, songwriteuse, chanteuse, guitariste, coproductrice et dessinatrice de la pochette (le glockenspiel, c'est elle aussi). A peine si une paire d’amis lui ont donné un coup de pouce, à la batterie ou pour quelques parties de guitare sur deux morceaux.

Pas que Sylvia soit particulièrement égomaniaque (elle aimerait bien se fondre à nouveau dans un groupe, un vrai). Et moins encore soucieuse d’étaler une quelconque virtuosité (ce qui ne veut pas dire qu’elle joue comme un manche, au contraire). Non, c’est juste qu’elle sait ce qu’elle veut et comment l’obtenir. Qu’elle avait des chansons en stock. Et l’urgent besoin de les chanter. Des chansons superficiellement lumineuses et innocentes. Mais terriblement cruelles dès qu’on prend la peine de gratter un peu la surface. Ou cinglantes, comme ce “Nicely Stupid” qui épingle les pétasses “rock’n’roll”. Sylvia ne chante pas Noël, non, mais l’amour. Celui qui ne rime jamais avec toujours. Versant déceptions et trahisons. “Love Song” est bien sûr une chanson de meurtre. Et son “Orange Juice” plus acide que sucré.

Sylvia a le bon goût de ne pas étaler ses influences, quasi subliminales : un peu de Breeders diffus, un “Everything is fine” qui semble un clin d’œil au “In Heaven” lynchien des Pixies dans le texte de “Orange Juice”, une deuxième guitare discrètement Velvet (3e album) à la fin de “Untitled”, une touche de snake guitar façon early Eno pour injecter une dose de venin en queue de “The Old Drunk Song”. Et encore – mais ça, c’est peut-être moi – quelque chose qui évoque le post-punk efflanqué des débuts de Cure dans “17.30 Underground”, ou un peu de la fragilité de Young Marble Giants.

Mais c’est toujours du Sylvia Hanschneckenbühl, et ça ne ressemble vraiment à rien d’autre. Comme cette façon de toujours finir ces chansons en glissant une idée inédite. Voir la façon déchirante dont elle dédouble sa voix dans “Salt & Wine”.

On jurerait que cet album a été pensé pour le vinyle, avec une face A enlevée et une face B dominée par des ballades à faire fondre les pierres. Mais non, il n’est disponible qu’en téléchargement un peu partout (Pop Only Knows, iTunes, Fnac music, Amazon, Virgin et tutti quanti) – et souvent en désordre. Ou, mieux, en CD. Ne serait-ce que pour profiter de sa pochette. Écouter ces chansons dans leur vrai séquençage. Et acquérir un futur collector’s.

Pour acheter le CD : hanschneckenbuhl@yahoo.fr
ou Pop Only Knows

Page Myspace : www.myspace.com/hanschneckenbuhl

Photos : Schnuki Putzi (N&B) - Marion Ruszniewski (couleurs)

25 juin 2009

Canal moins

La meilleure émission de télé française est à l'antenne depuis quelques mois. Et personne ne s'en est aperçu. Bizarre, non ?

Faut dire qu'elle passe sur Jimmy. Et qu'il en va des chaînes comme des labels. Qui parfois naissent de l'initiative de passionnés, vous font découvrir des tas de trucs, et finissent comme des coquilles vides, sucées jusqu'au sang.

Tel est le cas de Canal Jimmy, pionnière du câble et du satellite, née dans l'ellipse de Canal+. Ses initiateurs ? Michel Thoulouze et Pierre Lescure, fins téléphiles, qui ont vite fait de passer de l'orientation culto-nostalgique des origines (Jimmy, en hommage aux chers défunts Dean et Hendrix) à une optique culto-défricheuse. Outre des magazines sympathiques, l'antenne est vite peuplée de séries. En VO, au moins pour certaines diffusions. Et triées sur le volet. Des titres ? Dream On, Bottom, Father Ted, Ab Fab (que Canal+ avait tout salopé en VF), Seinfeld, NYPD Blue. Toute la galaxie Star Trek. Et puis Friends (avant qu'on en bouffe à toutes les sauces), les Sopranos, The Shield. Entre autres.

Avant l'essor du DVD, avant le Divx et l'Internet haut débit, Canal Jimmy a très largement créé ce que l'on peut appeler la culture séries en France (avec son magazine dédié, animé par Alain Carrazé). Ce qui causera sa perte. L'intérêt croissant du public pour les séries, devenus un enjeu stratégique, tire les prix vers le haut, et Canal+ va cannibaliser son enfant prodige. Jimmy tout court, à partir de 2003, n'est plus guère qu'un vulgaire robinet à séries usées jusqu'à la trame, sans même profiter de la VM la plupart du temps.

Ou presque. Car, je me répète, c'est bien sur Jimmy qu'est diffusée, depuis quelques mois, la meilleure émission de télé française actuelle.

Avant, Watcha, c'était ça.

Beurk.

Mais sur Jimmy, maintenant, Watcha, c'est ça.

Oui, mais encore ? Ben, heu, le magazine des privilège et des privilégiés, comme ils disent. Mais aussi des tendances (la preuve, le générique est signé Ariel Wizman). Du futile, donc. Avec des sujets, par exemple, sur les yachts, les dernières avancées du fitness, les services de conciergerie, les sneakers addicts, le street golf. L'indispensable Watcha/Pas Watcha, match entre deux pipoles arbitré par des journalistes spécialisés, genre BHL contre Barbara Cartland, écrivains lookés. .

Pas de quoi twitter à sa mère ? Si. Parce que ce mag est redoutablement peaufiné. Sujets montés au cordeau, nerveux, et surtout mis en perspective par une voix off omniprésente, pertinente et persiffleuse. Qui transforme ce prétendu hymne au superficiel et au bling en critique mordante de la société du paraître. En épargnant juste le talent des vrais artisans et esthètes. Parce qu'ils ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes.

Le plus étonnant est que la voix en question appartient à Juliette Arnaud, ex-compagne de Michaël Youn, co-scénariste de La Beuze (ouch) et ci-devant présentatrice d'Intervilles avec Nagui. Je sais, ça peut faire peur.
Lien
Pour se faire une idée, mieux vaut éviter de chercher la bande-annonce sur le Net (très ratée). Et s'infuser d'emblée une émission entière.

Conquis ? Pour les programmes, c'est par ici. Et ça a l'air parti pour continuer cet été. Les vacances avec les bataillons de congés payés, c'est définitivement pas Watcha.

23 juin 2009

La réponse au micro-blogging

Le maquereau blogging (désolé).

Le retour des morts-vivants

Eh non, ce blog n’est pas (encore ?) mort. Il bouge encore, la preuve. Le teint terreux, certes, les vêtements déchirés et l’œil vitreux.

Si j’étais malhonnête, je prétendrais qu’assommé par le départ de Lux Interior vers une autre dimension astrale, j’avais perdu le goût de la vie. Et que ce blog d’inspiration crampsienne – le nom est un gros clin d’œil à “Badass Bug” (Big Beat from Badsville) – en a accusé le contrecoup.

Ce qui n’est pas entièrement faux. Mais grandement exagéré. Non, j’ai surtout arrêté de blogger par désintérêt, flemme (je ne suis pas pour rien de la dernière génération pour qui le travail était quelque chose de facile à trouver, et qui se planquait derrière le droit à la paresse), éparpillement (et s’il y avait une réponse rigolotte à faire à un statut Facebook ?). Manque de coups de cœur musicaux, aussi. Et flemme encore quand, après deux phrases, j’ai renoncé à expliquer à la planète – qui l’a déjà compris, enfin, les concernés – pourquoi et comment les Black Lips étaient le seul vrai groupe garage actuel.

Là, je ressens à nouveau la démangeaison. Alors, je ne vais pas me gêner. Et hop, dans le désordre, façon Marvel Comics (en VO, pré bodybuilding des super-héros) de ma préadolescence…

# Item ! Isabelle Chelley et le Colonel Moutarde – l’irrésistible duo du Guide de survie des filles rock (Tournon) – récidivent avec le Guide de Paris ville rock (Tournon, toujours). Et la première d’entre elles vous le dédicacera, si vous le lui demandez gentiment (et éventuellement en lui payant un coup), demain soir (mercredi 24 juin) à l’UFO Bar, 49-51, rue Jean-Pierre Timbaud, dans le XIe, à partir de 21 heures.


# Item ! Fredo Viola m’a encore bluffé hier soir au café de la Danse. Qu’il s’autosample ou se loope, ou qu’il se la joue acoustique avec un (gros) coup de main des Mancuniens d’I Am Your Autopilot et du Lyonnais Scalde, les mélodies en apesanteur et entrelacs harmoniques de la bande caressent les tympans sans jamais tomber dans la préciosité. Et l’homme au chapeau, réalisateur de formation, réalise aussi d’étonnantes vidéos circulaires.

# Item ! Ghost Train Tragedy, le 2e album de Coming Soon, à sortir le 7 septembre, plaira aux fans de Coney Island Baby. “Love In The Afternoon” est déjà en écoute sur leur moneuspace.

# Item ! J’ai résisté à télécharger illégalement I'm Going Away des Fiery Furnaces, un mois avant sa sortie. Je n’ai pas envie de gâcher l’excitation du vinyle acheté chez un vrai marchand. Et puis, peut-être que j’ai un peu peur d’être déçu, parce que la version live téléchargée (avec la bénédiction du groupe) chez nyctaper n’est pas facile, à la première écoute. Faut dire que, puisque c’est un album plutôt claviers, ils le jouent en config’ guitare. Logique. Pour eux.

# Item ! Je ne sais même pas si l’arrivée autoproclamée (on va attendre la confirmation officielle) de Frédéric Mitterrand – la droite devrait apprendre à bien dire Mi-tè-ran, et plus Mitran – à la Kulture m’amuse. Surtout accompagnée d’une nouvelle crispation Hadopi. Ce n’est pas parce qu’il y a de vraies questions qu’une mauvaise réponse devient juste.

# Item ! En revanche, la Genèse par Crumb comme BD d’été dans Télérama, ça me provoque une franche hilarité. Comme le hors-série spécial AC/DC des Inrocks.

5 février 2009

Lux Interior R.I.P.

Pas le temps - ni l'envie, au moins pour l'instant - d'en faire une tartine, mais 2009 semble bien parti pour être une année de merde. Le titre de ce blog et la photo du bandeau suffisent à dire que Lux Interior, pour moi, a été plus que le chanteur d'un de mes groupes favoris : un passeur, celui qui m'a ouvert bien des portes. Fuck it. Et toutes mes pensées vont à Ivy.

7 janvier 2009

No fun

Putain, l’année ne pouvait pas commencer plus mal. Ron Asheton, merde. Mort, tout seul, à Ann Arbor, chez lui. Apparemment depuis le jour de l’an. L’air paisible. Et là, d’un coup, c’est comme si ma jeunesse était morte avec lui, pour de bon.

Ron, bien sûr, était mon Stooges favori. Pas Iggy ? Non, pas Iggy. Ron. Pourquoi ? Parce que – au moins – dans mon idée, c’était le plus cool. Un vrai slacker, qui ne s’est jamais perdu dans les drogues dures – régime fumette et vodka – et qui ne craignait pas de s’afficher en uniforme nazi, croix de fer autour du cou et brassard à swastika, en pleine ère hippie. Pas par idéologie, mais parce que ça a de la gueule, qu’il trouvait ça cool, et qu’il emmerdait ceux à qui ça déplaisait. Puéril ? Oui, un peu. Pas défendable pour deux ronds. Mais quand j’avais quinze ans, ça me fascinait.

Dieu sait que je l’ai maté sur les pochettes, Ron, avec ses Ray-Ban aviateur. Et plus encore écouté. Ma chère et tendre, c’est Iggy qui la met dans tous ses états et réveille la bête en elle. C’est juste sexuel, et bien naturel. Eh bien moi, c’était Ron. Quelque chose comme l’incarnation des ultimes plaisirs bruts qu’on puisse tirer d’une six-cordes électrique. Paraît que c’était pas un technicien. C’est probablement vrai. Mais franchement, qu’est-ce que le rock a à voir avec la technique, hein ? C’est plutôt un handicap. Ron, c’était juste du viscéral. De la fuzz utilisée sans nuance, façon arme de destruction massive, ou nuage d’agent orange dans la jungle. Et une wah-wah écrasée pour mieux la faire jouir. Tout ça l’air de rien. Le contraire de tous ces guitaristes qui se croient obligés de faire des solos à grimaces, un genre en soi. J’aimais bien me l’imaginer en tueur froid, sans états d’âme. Ce qui était sans doute très loin de la vérité, tous ceux qui l’ont approché ont souligné sa gentillesse et sa disponibilité.

Il fallait qu’il en ait, d’ailleurs, de l’abnégation, pour accepter d’être rétrogradé au poste de bassiste, après le premier split des Stooges, pour l’ère Williamson.

Si j’ai quelque peu négligé The New Order, par la suite, j’ai raccroché les wagons pour Destroy All Monsters, le groupe excellent qu’il avait fondé avec la piquante Niagara. Je pourrais délirer longtemps sur celle-ci, sa voix de petite fille lasse ah, “Bored”), ses micro-minijupes et ses talents de peintre, mais je m’égare. Le mieux est encore que vous alliez faire un tour sur son site , où vous pourrez notamment télécharger ce fameux “Bored”.

J’ai continué à suivre Ron de loin. Fantasmé sur le Stooges Project, avec son frère, Mike Watt et J. Mascis. Été quelque peu déçu par les trois titres des Stooges ressuscités (enfin, pas Dave Alexander, quand même) sur l’album d’Iggy. Et je me suis mis à rêver grave quand les Stooges se sont retrouvés sur la scène de Coachella. Sans Dave Alexander, toujours excusé pour cause de mort prématurée, mais avec un Mike Watt parfaitement à sa place. Et même ce bon Steven Mckay, le saxo free de Fun House. Autant dire que quand les Stooges ont enfin mis le pied sur le sol français, où Detroit est au fan local ce que la gare de Perpignan était à Salvador Dali, je ne me suis pas fait prier pour mettre le cap sur le Bol d’Or. Bien sûr, j’avais déjà vu Iggy des tas de fois, mais là c’était autre chose. Les fuckin’ Stooges. Avec Ron himself. En plein dans une sorte d’Altamont bien de chez nous, les morts en moins, mais avec les bikers faits aux pattes et l’ambiance glauque idoine. Soit les circonstances idéales pour voir ce rêve d’adolescence réalisé. Les fuckin’ Stooges sous mes yeux, accroché à la barrière, au premier rang. Bon, d’accord, à force d’avoir stage divé, l’Osterbeg claudique, mais dès qu’il met les pieds sur scène, pouf, c’est plus fort que lui, il redevient l’Iguane lubrique. Surtout avec Ron aux fesses. Bien épaissi (la vodka), en veste camouflage, avec une guitare à la con, mais toujours avec ses Ray-Ban Aviator. Et le son, bordel, le son. Comme en 69/70. Une heure de pure jouissance.

Bien sûr, après, je les ai revus. Au Zénith. C’était toujours aussi bien. Un tout petit peu moins magique que la première fois. Parce qu’une première fois, c’est une première fois. Surtout quand on l’attend depuis plus de 30 ans. Et puis j’ai laissé passer, laissé pisser. Il y aurait toujours une prochaine fois, n’est-ce pas. Surtout qu’entre-temps, il y avait eu The Weirdness. Dont je n’ai pas envie de parler. Et aujourd’hui, je me retrouve comme un con. A réécouter les Fun House Sessions sur Deezer (oui, j’ai le coffret à la maison). Et j’ai mal. Juste mal.


Découvrez The Stooges!


Mais comme je n’ai pas envie de finir sur une note aussi négative, je m’en vais de ce pas relire le rider des fuckin’ Stooges. Le document le plus drôle qu’on puisse trouver sur un groupe en tournée. So long, Ron. Rendez-vous là haut pour une jam avec Rob, “Sonic”, Dave et les autres…

15 décembre 2008

Malheur aux barbus

D'habitude, à cette période de l'année, comme tout un chacun, j'aime bien faire ma liste des plaisirs de l'année écoulée. Ou, plus précisément, établir ma sélection d'albums. Mais pas cette fois.

Pourquoi ? Parce que 2008 m'a ennuyé, globalement, voilà. Pas de grande révélation en ce qui me concerne. Pas de flash. Rien que je me sois pris dans la gueule.

Je sens tout de suite la brigade conformiste du bon goût - disons, ceux à qui La Blogothèque sert d'infaillible boussole - prête à me tomber dessus : quoi ? Et Fleet Foxes, alors ? Et bon Iver, hein ? Et Department Of Eagles, c'est du pipi de chat, peut-être ?

Heu, bien, non. Je sais. Ces garçons sont éminemment respectables. Ont toutes les bonnes références. De l'intelligence. De la sensibilité. Et tout. Et tout. Je peux même leur reconnaître du talent. Et éprouver du plaisir à les écouter.

Mais quand même, à force, toutes ces barbasses (Dep. of Eag. sont glabres, je sais, mais ils l'ont sous la peau, leur barbasse), toutes ces chemises à carreaux ou t-shirts avachis, ça me donne des envies féroces d'électricité. D'énergie sexuelle. D'insolence et de fraîcheur.

En fait, tout ça, c'est une question de contexte. Quand on nous bassinait avec les groupes en The produits en batterie, je les aurais accueillis comme le messie, nos barbus. Mais là, avec cette emprise insolente sur le paysage musical, ils me donnent envie d'invoquer un nouveau retour du rock. Mais pas trop érudit, pas trop référencé, merci.

Sinon, ça va vite être rasoir, cette affaire.

Photos : Christoph ! (Bon Iver), Justin Vernon/Jagjaguwar (Bon Iver)

4 novembre 2008

Singer Songwriter


J'ai déjà salué les impressionnantes qualités de songwriter de Will Sheff, le leader et seul membre constant d'Okkervil River, à la sortie de The Stage Names, l'an passé. Et négligé de souligner, il y a quelques semaines, à quel point The Stand Ins, son successeur, prolongeait, approfondissait et répondait à cette réussite. En se mettant de nouveau dans la peau de personnages fictionnels ou réels (Jobriath, wannabe glam et mort du sida dans l'anonymat, la porn star suicidée Savannah, qui hantait déjà The Stage Names), Sheff multiplie les points de vue sur la célébrité, le show-biz et ceux qui s'y frottent, tissant une tapisserie cruelle, mordante et tendre. Le moins passionnant n'étant pas la façon dont il utilise la musique pour mettre en scène ces nouvelles pour les oreilles. "Pop Lie" est ainsi à la fois une merveilleuse chanson pop, une satire de celui qui la chante (lui-même ?), et une critique du phénomène pop.

Mais en revoyant Okkervil River hier, à l'Alhambra, ce qui m'a frappé avant tout, c'est l'impact émotionnel de Will, interprète passionné, presque possédé, et des cinq autres musiciens (dont une nouvelle guitariste multi-instrumentiste impressionnante, Lauren Gurgiolo), capables de toucher au grandiose sans jamais sombrer dans le pompeux. Si l'on veut jouer au jeu des analogies, ce serait un peu l'E Street Band qui aurait pris des leçons de sobriété chez The Band, et offrirait le lyrisme d'Arcade Fire en le dépouillant de son cirque. Schizophrène, le Sheff ? Non, juste passé maître dans la dialectique entre les contraires, un propos souvent sombre servi de façon lumineuse. Un peu statique et appliqué sur scène jusqu'ici, Okkervil a encore passé un cap. Je suis prêt à les suivre jusqu'au grand large.

Photo : ©senvalde sur Flicker



Découvrez Okkervil River!

29 octobre 2008

Party et partouze

Je n'irai pas chercher de point commun entre le Late Season Gathering initié par Coming Soon au Café de la Danse et le concert des Kills au Bataclan, qui se succédaient selon les hasards du calendrier. Je pourrais toujours jouer la paresseuse carte enfants du Velvet, qui marche au moins une fois sur deux pour tout ce que j'aime. Mais bon, là, c'est à peu près comme de comparer une sympathique soirée entre potes et un plan cul tout debout dans les chiottes. Pas le même genre de plaisir.

Si j'en juge d'après le toujours impeccable blog de Philippe Dumez (faut qu'on arrête de se renvoyer la balle, ça devient embarrassant), le second volet du rassemblement anneço-lugduno-parisiano-suédo-berlino-londonien (ouf !) s'est déroulé sur le mode "on prend les mêmes et on ne se répète pas". En ce lundi, c'est sur The Wave Pictures que sont braqués les projecteurs en première partie de soirée. Si je ne partage pas tout à fait l'enthousiasme de M. Dumez à leur égard (je vois plus en eux de solides artisans que le meilleur groupe du monde), le temps file vite alors que les copains vont et viennent sur scène : Freschard et Stanley Brinks (sourires, bière, saxo soprano et cigarettes), Lisa-Li Lund et les Coming Soon, par délégations ou au grand complet (ou presque, puisque Carolina Van Pelt avait un mot d'excuse). Ils sont ainsi jusqu'à 12 sur scène. Et lorsqu'Alex Banjo croise la guitare avec David Tattersall, c'est comme s'ils allaient chatouiller le fantôme de Television. La bonne humeur en prime.


Découvrez Coming Soon!


Quand, après une brève interruption, Coming Soon reprend le flambeau, c'est le changement dans la continuité. Les amis invités continuent à faire des apparitions, dans la plus parfaite décontraction, sans faire d'ombre aux initiateurs de la fête. Autour d'Howard Hugues, le grand escogriffe en Stetson à la gestuelle saccadée et à la voix de Gordon Gano baryton, qui fait office de chef de bande, chacun prend le micro (sans le monopoliser) pour ses compos : Billy le bassiste ("Private Tortures"), Alex (le délicieux "Broken Heart"), Ben ("New Territories"), sans oublier le "Big Boy" du petit Léo (batterie). Seule Mary Salomé n'a pas encore voix (autre que choriste) au chapitre, mais son rôle de coloriste, au marimba, glockenspiel, flûte ou clarinette, n'est pas celui d'une figurante. En quelques mois et beaucoup de concerts, la petite troupe n'a rien perdu de sa fraîcheur, tout en gagnant en assurance. Et les quelques nouvelles chansons interprétées donnent confiance pour le deuxième album. Coming Soon est bien parti pour être une jolie histoire qui dure. Comme le souvenir de ce rappel, une reprise du "I'm So Lonesome I Could Cry" de Hank Williams interprétée a cappella dans le public.


Le contraste ne pourrait être plus saisissant en découvrant, le lendemain, Naive New Beaters qui squatte déjà la scène du Bataclan. Un trio electro-rap branleur qui me fait me sentir très vieux, d'un coup. Et très con. Consterné devant cette mauvaise blague dissimulant sa vacuité musicale sous le second degré. Et confondu de voir une grosse majorité du public mordre à l'hameçon et avaler la ligne. Public il est vrai largement composé d'échappé(e)s des Rock'n'roll Fridays du Gibus et de minettes émoustillées par l'idylle de Jamie Hince et Kate Moss.

Mais peu importe. Il suffit que ledit Jamie et Alison Mosshart se retrouvent - de préférence sur les planches - pour que ça fasse des étincelles. Et qu'on oublie tout le reste. Peu importe que ces deux-là couchent ensemble ou pas, leur réunion met toujours le feu au bas-ventre. Ils ne sont plus collés l'un à l'autre pour oublier leur trac ? Tant mieux. Jamie, Perfecto et t-shirt marin, l'air crâne, semble oublier que l'électricité est censée s'arrêter dans sa vieille Höfner, comme électrocuté, à la manière de Wilko Johnson. Alison, lorsqu'elle ne tourne pas en rond comme une lionne en cage, feule comme une féline en chaleur, le visage caché sous sa crinière brune, le corps parcouru de frissons d'extase. C'est simple : s'il y a des musiques de baise, la musique des Kills est le sexe incarné. Dangereux. Vicieux. Moite. Ne comptez pas sur moi pour la set-list (puisant largement dans Midnight Boom, leur troisième et excellent album). Me restent surtout des flashes. Un "Kissy Kissy" qui sonne plus que jamais comme du Creedence déniaisé par Lou Reed dans une cabane du bayou. Un "Black Balloon" infiniment plus tendu et vibrant que sur disque. Un énergumène en costume de Bibioman (force rouge) sautant sur scène pour danser une minute avec le couple infernal mort de rire, du coup, et replongeant impeccablement dans le public pour surfer jusqu'au fond du Bataclan. Avec un timing parfait : le groupe jouait justement "Cheap And Cheerful", et son «I want you to be crazy 'coz you're boring baby when you're straight».

Cinquante minutes, et c'est déjà le rappel : une reprise, presque trop évidente, de "Pale Blue Eyes" du Velvet, interrompu le temps de vérifier qu'un évacué évanoui n'avait pas passé l'arme à gauche ; leur cover fétiche du "Dropout Boogie" de Captain Beefheart; et, en sandwich, "Cat Claw", l'une de leurs premières collaborations. «You want it, I got it.» Tout est dit.

Photos :
Keraoc (Coming Soon)
Paige K. Parsons (The Kills)



21 octobre 2008

L'invasion des profanateurs de sépulture



Je suis tombé dessus par hasard, hier, en écoutant Ruquier la radio. Déjà que j'étais pas fan de la Melua, mais là, j'ai vraiment envie qu'on la livre en pâture aux soudards russes dans sa Géorgie natale.

Pourquoi ? D'abord, c'est pas joli-joli de faire des duos virtuels avec des défuntes qui ne peuvent pas se défendre. Quoi qu'on pense d'Eva Cassidy, elle avait une bonne raison de reprendre "What A Wonderful World" en 1996, sur un tempo de marche funèbre. Elle se savait condamnée, et c'était son chant du cygne, un adieu à la vie qu'elle aimait. Et ce n'est pas de sa faute (enfin, pas entièrement) si miss Melua se revendique d'elle.

Mais le pire, c'est que l'insupportable frisottée se sent autorisée à en rajouter dans le registre doloriste par rapport à l'agonisante. Finissant de conforter haut la main son statut de chanteuse la plus maniérée du millénaire, registre "houlala, c'est que j'ai une sensibilité d'écorchée vive à fleur de peau, moi". Avec en fausse bonne excuse supplémentaire le fait que cette mascarade a été concoctée pour Noël 2007, au profit de la Croix-Rouge britannique.

Sauf que là, on est obligé de tirer sur l'ambulance. Ce qui a d'ailleurs été la réaction de Ruquier et ses chroniqueurs. Après avoir rappelé que Katie Melua, artiste Europe 1, se produisait le soir même au Zénith, ils ont arrêté le morceau en plein milieu, avec des commentaires genre «Aaaaargh, c'est trop insupportable, on dirait qu'elle va à un enterrement (sic), et c'est pas possible qu'elle ait autant l'air de s'emmerder». Fermez le ban ! Et autant pour la promo maison. Avec l'original par Louis Armstrong dans la foulée pour en remettre une couche.

La seule chose qui soulage, finalement, et même s'il n'y avait guère de risque, c'est que la pilleuse de tombe ne se soit pas attaquée à Joey Ramone...

16 octobre 2008

Pervers polymorphes

Of Montreal sur scène, c'est plus que jamais le grand magic circus et ses animaux gays. Au fil du show, rythmé par d'incessantes projections naïves, se succèdent de gros bouddhas dorés qui amènent Kevin Barnes, le Monsieur Loyal de la troupe, sur la piste, des mannequins vivants, un cochon, une girafe et un tigre, un roadie qui se fait couper les cheveux, ou le dieu Pan qui s'adonne à une orgie de fruits. Et encore n'est-ce que la version largement downsizée pour cette petite tournée européenne du grand Barnum américain, avec moult décors et largement plus d'acteurs/danseurs/performers et de costumes.

Un grand n'importe quoi rigolo et bricolo, passablement camp et dans la meilleure tradition arty déconnante d'Athens, Géorgie, patrie d'adoption d'of Montreal mais aussi, avant eux, des B-52's et du collectif Elephant 6.

Ce côté happening permanent n'est que la traduction visuelle de la voie empruntée par Kevin Barnes sur Skeletal Lamping, le tout nouvel album du groupe, joué dans sa quasi-intégralité, et conçu comme un kaléidoscope electro-disco-funko-psychédélique destiné à désorienter l'auditeur. On l'avait vu sortir de la dépression en adoptant un alter ego pervers polymorphe à la fin de Hissing Fauna, Are You The Destroyer, et c'est celui-ci - alias Georgie Fruit, quinquagénaire noir adepte des changements de sexe à répétition et musicien de funk - qui a pris le dessus. D'où une partouze de styles et de thèmes souvent éblouissante, parfois sans queue ni tête, et à l'occasion ennuyeuse, quand Kevin s'attarde dans des digressions bruitistes.

Pour mieux varier les plaisirs (et le son), pratiquement tout le groupe - enjoué et irréprochable, comme d'habitude - s'adonne plus que jamais à un échangisme forcené. Dottie Alexander, souriant petit pot à tabac en tutu, ne dédaigne pas de délaisser les claviers pour la Strat, Ahmed Gallab, afro et bandeau bleu, quitte parfois son kit pour une guitare ou une basse, Jamey Huggins virevolte entre deuxième kit, basse, synthé et guitare, et Kevin, toujours maquillé comme un camion volé, délaisse sa SG pour s'installer au piano le temps d'un touchant "Touched Something's Hallow", Bryan Poole à la guitare et Davey Pierce à la basse tenant la maison. Selon les besoins, il peut ainsi y avoir jusqu'à 4 guitares à la fois, ou deux basses, ou deux batteries.

Si, pendant une heure, la jouissance est sans mélange, la dernière demi-heure se fait quelque peu étouffe-chrétien, la faute à une set-list mal équilibrée, et qui plus est allégée par rapport aux shows américains de deux friandises plus anciennes (“Eros Erotic Tundra” et l'aérien "Disconnect The Dots") qui auraient allégé le menu.

Quant à la reprise finale de "Smells Like Teen Spirit", je l'ai interprétée comme un appel à l'usage du déodorant dans le public, hautement pue la sueur - oui, c'était mieux quand ça sentait la cigarette.

Lâcher le mot de déception serait un peu fort, mais il y a de cela, quand on se souvient de l'état de grâce de la bande, au Point Ephémère ou à la Maroquinerie. Et il n'y a même pas de cabas, de lanterne, de badge ou un simple vinyle (Skeletal Lamping est marketé sous 7 formes différentes) en vente pour se consoler. La prochaine fois, sans doute...

Skeletal Lamping est en streaming intégral sur le MySpace du groupe

14 octobre 2008

Encore une défaite du marxisme

Il y a 22 ans, c'était Peter Gabriel et Kate Bush, pardon, l'ange Gabriel et la fée Bush, qui s'associaient pour "Don't Give Up".

Et maintenant, c'est la Castafiore Björk qui invite Thom "Calimero" Yorke à faire le choriste pour "Nattura", bonne cause - je vous laisse deviner laquelle - à la clé.

La filiation parle d'elle-même, à une génération d'écart. Et démentit le vieux Karl, qui prétendait que quand l'histoire repasse les plats, c'est « la première fois comme tragédie, la seconde comme farce ». Là, à chaque fois, c'est comme si mon pire cauchemar se réalisait.

J'espère juste que, s'ils font des petits, il y aura quelqu'un pour les noyer à la naissance...

9 octobre 2008

Pourvu qu'elle soit rousse



Entre les rousses et moi, c'est une vraie histoire d'amour, de mes premiers émois à ma chère et tendre. Donc vous pensez si entre Jenny Lewis et moi, c'était plié d'avance.

Et pourtant, ce fut une longue suite de rendez-vous ratés. Sans excuse de ma part. Grâce aux Chroniques de Californie sur Canal Jimmy, au tournant du millénaire, j'avais repéré que Rilo Kiley, alors à ses débuts, vaudrait que j'y jette une oreille. Sans suite.

Je ne me suis vraiment réveillé qu'en écoutant, Rabbit Fur Coat, le premier album de Jenny (avec les Watson Twins). Un coup de cœur. Mais j'ai trouvé le moyen de les rater quand elles sont passées au Nouveau Casino.

Quelque peu déçu par Under the Blacklight, le dernier Rilo Kiley (j'ai rattrapé mon retard discographique entre-temps), je me suis abstenu. Et n'aurais pas été à la Maroquinerie en cette soirée du 8 octobre si mon excellent camarade Philippe Dumez (qui vous offre sa propre perspective sur son I wanna be your blog) ne m'avait heureusement signalé ce concert. Et invité. Qu'il en soit deux fois remercié.

Pour le reste, c'est Jenny que je remercierai. Radieuse sous son chapeau, en salopette en jean et t-shirt tye-dye, Miss Lewis a la joie de jouer communicative. Flanquée d'un bar-bar band glorifié (ce n'est pas une critique) qui a la touche de Stillwater, le groupe imaginaire du film Almost Famous, la flamboyante petite transforme la Maroquinerie en honky-tonk, aidée par une importante présence américaine dans la salle. Toute Acid Tongue, son nouvel album, y passe, plus quelques rescapées du précédent. Avec toujours du chien, un charme fou - Jenny a une voix de dragée au gingembre, où la douceur est toujours relevée par du piquant, proprement irrésistible - et, parfois, la grâce.

“Acid Tongue”, qu'elle interprète seule à la guitare sèche, les cinq musiciens rassemblés autour d'un micro confondant leurs voix en harmonies lumineuses, est beau à pleurer - d'ailleurs, de grosses larmes me coulent le long des joues à ce moment, embarrassant...


Lorsque, en duo avec son guitariste (et compagnon) Johnathan Rice, elle reprend en rappel “Love Hurts” des Everly Brothers, je réalise que la dernière fois que j'ai entendu cette chanson, c'était par Linda Ronstadt, la connexion, évidente, se fait : Jenny est l'héritière (certainement involontaire) de toutes ces chanteuses des canyons du début des années 70. Mêmes influences, résultat similaire, mais pas identique - question d'époque. Elle a bien l'aisance country-pop de Linda (mais avec plus de feeling) ou les qualités de songwriter d'une Carole King (voir “Godspeed”). La fraîcheur. Mais pas la naïveté (et moins de coke dans le nez, aussi, sans doute).

En sortant, je suis pressé d'aller dormir. Pour passer la nuit avec Jenny de mes rêves.

Jenny sur myspace

30 septembre 2008

Le seigneur des salauds

A la fin des années 70, mon groupe favori n’était pas Clash, Television ou les Ramones, pas plus que les Buzzcocks ou les Sex Pistols. Pas même Blondie ni les Jam, même si j’étais évidemment fan de tout ce joli monde. Non, ceux pour qui j’aurais traversé un océan à la nage si on m’avait dit qu’ils m’attendaient au bout (pour citer le début du premier titre de leur premier album), c’était les Only Ones.



Dans le meilleur des cas, on se souvient d’eux grâce à “Another Girl, Another Planet”, leur presque hit et vrai classique de 1978. Une des plus électrisantes intros de l’histoire du rock, entre autres (et ne mentionnez pas Blink 182, ou je mords. Jusqu’au sang. Et baise Madame votre mère avec une batte de base-ball. Par derrière. Et pourtant, je suis un gentil garçon, poli et tout. Bref, commencez pas !). En surface, une chanson d’amour passionnée et romantique. Plutôt hors sujet en plein déferlement punk. Mais aussi une ode à l’héroïne, la vraie muse de Peter Perrett (non, pas celui du “Zizi”, merci), le leader de ce groupe improbable, et sa perte annoncée, bien sûr.

Réunion improbable d’un junkie baudelairien en manteau de fourrure, épris de Dylan mais chantant plutôt comme un Lou Reed cockney, d’un guitar-hero psychédélique ressemblant vaguement à un Eno nourri au grain, d’un bassiste Ecossais ayant connu une gloire purement locale durant les sixties, et de l’ex-batteur de Spooky Tooth, les Only Ones ont eu pour tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. En général (le style, l’époque, l’endroit). Et dans les détails.

Leurs rares fans parisiens ont ainsi été servis. Je ne sais pas qui avait eu la riche idée de les programmer, lors d’un festival sponsorisé par une radio périphérique, à la même affiche que Shakin’ Street et les abominables Trust (ils paraît qu’ils scandent désormais “Fra-ter-ni-té” au lieu de “An-ti-so-cial”). Mais il ou elle aurait mérité le même sort que celui réservé à Peter Perrett, au milieu de la deuxième chanson : une cannette pleine dans la tronche… Lors de leur dernier passage au Palace, ils étaient bien programmés en têtes d’affiche. Mais, cette fois, tout le public – bien new wave, bien tête à claques – était venu pour Edith Nylon, en première partie. Pour tout vous dire, quand ils sont montés sur scène, j’étais au dernier rang. Le second.

Inutile de préciser qu’ils se sont séparés dans une indifférence quasi générale, en 1982. Avant d’acquérir au fil des années un petit statut culte. Qui a même valu à Peter Perrett sa biographie, Homme Fatale (sic) de Nina Antonia. Un édifiant petit volume qui dépeint son sujet sans fard – ou la chronique d’un joli gâchis. Si seulement cette lie d’humanité avait eu la bonne idée d’écouter ses propres paroles dans “The Beast”…

Reste d’eux trois excellents albums (un premier sans titre, Even Serpents Shine, leur chef-d’œuvre au noir, et Baby’s Got A Gun, un petit cran en dessous) qui devraient être dignement réédités l’an prochain, recommandés aux amateurs de poésie vénéneuse et de guitare venimeuse, et de multiples live et compilations (dont certaines composées d’inédits, comme Remains) pour les fidèles. Et même l’espoir (enfin, la crainte) de les revoir en France, puisqu’ils se sont reformés en 2007. Et qu’ils réussissent à faire encore pire que les Stooges au niveau de l’album post-scriptum comme une verrue sur le nez de Poison Ivy (ça sied bien à Lemmy, en revanche).

En fait, je ne peux plus penser au leader des Only Ones sans me rappeler les mots de Carl Barat, qui l’avait côtoyé à l’époque des Libertines – Pete Doherty avait insisté pour qu’il réinterprète “Another Girl…” en leur compagnie – : « Tout ce qui l’intéressait, c’était de récupérer ses cinquante livres à la fin du concert pour s’acheter du crack. Tu as vu le Seigneur des Anneaux ? Eh bien, Peter Perrett, c’est Gollum. »

26 septembre 2008

Bond pour le service


La chanson de générique pour James Bond, c'est un genre en soi, avec ses règles. Un peu comme la chanson Eurovision, avant le déplorable laisser-aller de ces dernières années (ou décennies, pour les thèmes de 007).

N'empêche, le genre, avec ses figures imposées (accords suspendus pour créer le mystère, orchestrations majestueuses et cuivrées), a connu de franches réussites. Comme "Goldfinger", interprété par Dame Shirley Bassey (musique de John Barry, l'auteur du fameux thème pour guitare électrique, et premier époux de Jane Birkin - la reprise de Magazine n'était pas mal non plus), ou "Live And Let Die", une des meilleures chansons de Wings, ce qui n'est pas rien (avec son break nerveux qui servait de générique à L'Heure de vérité). Voire "A View To A Kill" des affreux Duran Duran, mais ça ne regarde que moi.

La dernière réussite en date est toute fraiche, et signée Jack White. Le leader des White Stripes et protagoniste des Raconteurs, loin de se montrer gêné aux entournures par la commande, prend un malin plaisir à honorer le cahier des charges tout en tirant tout naturellement "Another Way To Die" vers son terrain de jeu - batterie hénaurme à la Meg, phrases de piano sui generis, riffs de cuivres rappelant les derniers White Stripes et Raconteurs, et bref solo de guitare façon chat étranglé par la pédale d'octave, son arme secrète. Alicia Keys se révèle là une partenaire plus que pertinente pour un duo à haute tension sexuelle (vous savez, le genre de truc qui rend les Kills si bandants). Sûr qu'à faire affaire comme ça avec un Mr White, la mignonne ne va pas arranger son cas auprès des brothers les plus obtus, qui l'ont déjà taxée de racisme quand elle a affirmé qu'elle en avait marre de tous les crétins de Panurge qui croient cool de se conformer aux stéréotypes ghetto en se la jouant mac ou gangsta.

Autant dire que la course au singole de l'année semble jouée. Comme, pour moi, le titre de musicien mainstream de la décennie (précédents détenteurs : Beatles, Bowie, Prince et Beck).

PS : Si vous voulez vous délecter de la chose avec un son meilleur que sur ce clip aimablement concocté à la maison par un DailyMotioneur, c'est sur le site de Jack White que ça se passe....